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Module 18 juin

 Mai 68 : "La France s'ennuie"
 

" La jeunesse s'ennuie. Les étudiants manifestent, bougent, se battent en Espagne, en Italie, en Belgique, en Algérie, au Japon, en Amérique, en Egypte, en Allemagne, en Pologne même. Ils ont l'impression qu'ils ont des conquêtes à entreprendre, une protestation à faire entendre, au moins un sentiment de l'absurde à opposer à l'absurdité. Les étudiants français se préoccupent de savoir si les filles de Nanterre et d'Antony pourront accéder librement aux chambres des garçons, conception malgré tout limitée des droits de l'homme. (…) Seuls quelques centaines de milliers de Français ne s'ennuient pas : chômeurs, jeunes sans emploi, petits paysans écrasés par le progrès, victime de la nécessaire concentration et de la concurrence de plus en plus rude, vieillards plus ou moins abandonnés de tous. Ceux-là sont si absorbés par leurs soucis qu'ils n'ont pas le temps de s'ennuyer, ni d'ailleurs le cœur à manifester et à s'agiter "

Pierre Viansson-Ponté
Editorial du journal Le Monde du 15 mars 1968

Questions :

1. Présentez la nature du texte, son auteur
2. Quel groupe social est mis en valeur ; comment est-il présenté ? Pourquoi s'intéresse-t-il à ce groupe ?
3. Sur quels changements sociaux insiste l'auteur ?
4. En quoi cet article est-il rétrospectivement intéressant ?

Eléments de réponse

1. Le texte est un extrait d'un éditorial paru dans le journal Le Monde, un des principaux quotidiens français. Il s'agit donc d'un article qui définit ou reflète une orientation générale de la direction. Ici, Pierre Viansson-Ponté propose une analyse de la société française.

2. Pierre Viansson-Ponté parle dans la première partie de l'extrait proposé des étudiants. Il oppose les étudiants de différents pays aux étudiants français.
Les premiers manifestent, pour des raisons différentes selon qu'il s'agit de pays pauvres (Algérie, Egypte), communistes (Pologne), riches (Etats-Unis, Japon, Allemagne, Italie).
Chaque révolte correspond à des revendications différentes : libéralisation en Pologne, protestation contre la guerre du Viêt Nam aux Etats Unis, protestation contre l'ordre en général, qualifié de réactionnaire dans les pays riches.
Le groupe des étudiants français, d'après Pierre Viansson-Ponté, a d'autres préoccupations, d'ordre essentiellement sexuel.

Pourquoi l'auteur met-il l'accent sur les étudiants ?
Il met en fait l'accent sur la jeunesse ; après le baby boom des années 1940, celle-ci compose à peu près le tiers de la population française. La prospérité généralisée des années 60 leur a donné une nouvelle visibilité : ils représentent désormais un groupe à part entière, avec des aspirations, un mode de vie, une culture qui n'est plus celle des générations précédentes.
Au sein de cette jeunesse, le groupe des étudiants est particulièrement visible : au cours des années 60, l'effectif estudiantin a doublé ; la population étudiante s'est diversifiée par l'arrivée de nouvelles couches sociales à l'Université.
Ils expriment des revendications diverses, politiques, sociales de plus en plus radicales dans une société qui n'évolue pas suffisamment vite à leur goût, notamment en matière sexuelle.

3. Dans son article, Pierre Viansson-Ponté oppose aux étudiants une catégorie de Français qui n'a pas profité comme eux des changements de ce que l'on va appeler les Trente Glorieuses.
Il vise d'abord " les chômeurs, jeunes sans emploi " mais même s'il connaît une poussée à la fin des années 60, le chômage reste très bas en 1968.
Ensuite, il parle des " petits paysans " et des " vieillards plus ou moins abandonnés ". Ce point est intéressant car il montre la disparition des vieilles solidarités familiales et aussi les transformations sociales que peut induire la croissance économique, dont un des aspects est la recherche de la productivité maximale qui se traduit souvent par la concentration. Les années 50 voient l'accélération de l'exode rural, en grande partie lié à la mécanisation des campagnes.

4. L'article date de mars 1968. Deux mois plus tard, un mouvement étudiant d'une ampleur inédite, relayé par un mouvement social très suivi plonge la France dans le tourbillon de ce que l'on va appeler les " événements de Mai " et qui provoqueront une grave crise politique.
Le titre " la France s'ennuie " acquiert alors un relief inattendu et l'analyse de Pierre Viansson-Ponté laisse à penser que l'explosion, imprévue, pouvait être prévisible, du moins envisageable en fonction du contexte international et des bouleversements sociaux que connaissait le pays depuis une vingtaine d'années.

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