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Module 18 juin

 La France et les Français face à la guerre d'Algérie
 
Document 1

Déclaration de Pierre Mendès-France devant l'Assemblée le 12 novembre 1954

" A la volonté de quelques hommes doit répondre la répression sans faiblesse, car elle est sans injustice. Les départements d'Algérie font partie de la République, ils sont français depuis longtemps (...). Jamais la France, jamais le Parlement, jamais aucun gouvernement ne cédera sur ce principe fondamental. Qu'on n'attende de nous aucun ménagement à l'égard de la sédition, aucun compromis avec elle. "

Document 2

Témoignages sur la torture en Algérie

" En visitant les centres d'hébergement, j'ai reconnu sur certains prisonniers les traces profondes de sévices ou de tortures qu'il y a quatorze ans je subissais personnellement dans les caves de la Gestapo à Nancy ". (P. Teitgen, Secrétaire général de la police à Alger. Il démissionnera de son poste).
" La séance de torture se prolongeait et je m'épuisais, je tombais tantôt à gauche, tantôt à droite. L'un des deux lieutenants détachait alors une pince et me piquait au visage jusqu'à ce que je me redresse. " (H. Alleg, La Question, Editions de minuit, 1958).

Document 3

Discours de De gaulle sur l'autodétermination en Algérie, 16 septembre 1959

" Le destin politique qu'Algériennes et Algériens auront à choisir dans la paix, quel peut-il être ? Chacun sait que, théoriquement, il est possible d'en imaginer trois (...).
Ou bien : la sécession, où certains croient trouver l'indépendance. La France quitterait alors les Algériens qui exprimeraient la volonté de se séparer d'elle.
Ou bien : la francisation complète, telle qu'elle est impliquée dans l'égalité des droits. Les Algériens (...) devenant partie intégrante du peuple français qui s'étendrait alors effectivement de Dunkerque à Tamanrasset.
Ou bien : le gouvernement des Algériens par les Algériens, appuyé sur l'aide de la France et une union étroite avec elle pour l'économie, l'enseignement, la défense, les relations extérieures.
Dans ce cas, le régime intérieur de l "Algérie devrait être de type fédéral, afin que les communautés diverses : française, arabe, kabyle, mozabite etc., coexistent dans le pays. "

Document 4

Tract de l'OAS diffusé en métropole en février 1962

" Français de métropole, mon frère, essaie de nous comprendre.
Nous ne sommes ni fascistes, ni des assassins professionnels, ni des ambitieux avides de pouvoir et sans scrupules. Nous avons supporté pendant plus de sept ans un guerre ignoble où vos fils et les nôtres ont été lâchement assassinés, autant par le FLN que apr le pouvoir gaulliste qui, d'abandons en abandons, mène ce pays à la ruine et à la désolation. Toutes les formes d'opposition légale nous ayant été successivement retirées, il ne nous est resté que l'action clandestine pour faire respecter nos droits les plus imprescriptibles à un moment où, malgré les engagements les plus solennels, le pouvoir se prépare à livrer l'Algérie aux assassins du FLN ".

Document 5
Sondages en métropole : " Avez-vous confiance dans le gouvernement actuel pour régler le problème algérien ? " (en %)

  Oui Non
Ne se prononcent pas
Avril 1956
37 27 36
Mars 1956 39 30 32
Juillet 1956 28 30 31
Septembre 1957 26 43 31
Juin 1958 68 11 17
Septembre 1958 51 25 24
Février 1959 51 24 25

Questions :
1. Présentation des documents.
2. Sélection et classement par thèmes des informations tirées des documents.
3. Rédaction d'une réponse à la problématique posée (300 mots environ), qui utilise de façon argumentée les informations tirées des documents.

Eléments de réponse.
1. Pour présenter les documents, essaie de les regrouper selon leur nature : discours prononcés par des chefs de gouvernement (doc. 1 et 3), prises de position des Français vis-à-vis de la guerre (témoignage, tract et sondages).
Dans le doc. 1, Pierre Mendès-France fait une déclaration devant l'Assemblée nationale. Depuis juin 1954, ce radical-socialiste est président du Conseil. C'est lui qui, après la défaite française de Dien Bien Phu, met fin à la guerre d'Indochine par les accords de Genève. De même, il promet la souveraineté interne à la Tunisie. En revanche, son attitude vis-à-vis de la crise algérienne, qui éclate en novembre 1954, est beaucoup plus ferme. Le doc. 3 présente l'attitude d'un autre président du Conseil, Charles de Gaulle, investi le 1er juin 1958 sur fond de révolte des Français d'Algérie : ceux-ci redoutent que l'Algérie ne soit bradée par la IVe République. Appelé au pouvoir parce qu'il semble être le garant d'une Algérie française, le général de Gaulle prouve rapidement que ses positions sur la question sont beaucoup plus nuancées. Dans un discours prononcé le 16 septembre, de Gaulle n'exclut pas le principe d'une indépendance algérienne et reconnaît aux Algériens le droit de s'autodéterminer.
Les réactions des Français vis-à-vis de la guerre sont très contrastées :
Certains observateurs, à l'image de Henri Alleg, commencent à dénoncer les actes de torture perpétrés par l'armée française en Algérie, reprenant une tradition d'engagement née chez les intellectuels français au moment de l'affaire Dreyfus. Leurs témoignages suscitent une lente prise de conscience au sein de la population française, de plus en plus lassée par cette " sale guerre ".
Au contraire, les membres de l'Organisation Armée Secrète ajoutent aux horreurs de la guerre par leurs actes terroristes (attentats sur le sol algérien et métropolitain, notamment contre le général de Gaulle). Ceci explique l'interdiction de cette organisation et son repli dans la clandestinité. Cherchant à atténuer leurs responsabilités et à justifier leurs actions dans leur tract, les membres de l'OAS réclament le maintien de l'Algérie dans le giron français.
Le sondage illustre quant à lui les hésitations et la versatilité d'une opinion qui ne sait trop que penser de l'affaire algérienne. Une césure apparaît dans ce sondage : le mois de juin 1958 représente pour les Français un sursaut d'espoir, lié à l'arrivée de De Gaulle au pouvoir. L'aspect providentiel de sa venue au pouvoir doit être mise en rapport avec les événements de juin 1940. Avant juin 1958, les Français ont peu confiance dans leur gouvernement. Après cette date, une majorité a retrouvé la confiance, même si le chiffre de juin 1958 (68%) ne se retrouve jamais par la suite. En revanche, le nombre des personnes qui ne se prononcent pas reste toujours élevé, signe de la difficulté pour les Français de juger d'une situation pour laquelle le gouvernement lui-même semble bien en peine de trancher.

2. Tu peux choisir un classement des informations par thèmes (attitude du gouvernement, réaction de l'opinion), mais un classement par périodes paraît plus pertinent ici (1954-1958, année 1958, 1959-1962) :

  1954-1958 1958 1958-1962
Doc. 1 A la date où s'exprime P. Mendès-France, l'insurrection algérienne vient d'éclater. Pour le président du Conseil, il importe de mettre un terme le plus vite possible à ces débordements. La fermeté est de rigueur (" répression sans faiblesse ", " aucun ménagement "). L'idée de donner l'autonomie à des départements français paraît totalement incongrue (" jamais la France, jamais le Parlement, jamais aucun gouvernement "...), même à un partisan de la décolonisation comme PMF.    
Doc. 2 La torture dénoncée par Teitgen et Alleg est liée au caractère spécifique de la guerre d'Algérie, où les deux parties essaient d'influencer l'autre, de remporter une bataille psychologique, d'acquérir des renseignements. La dénonciation de la torture devient l'un des chevaux de bataille des intellectuels français, à l'image de Teitgen, qui dresse un parallèle entre la torture des années 1950 et celle pratiquée par la Gestapo pendant la Seconde Guerre.
Doc. 3     Un peu plus d'un an après son arrivée au pouvoir, Charles de Gaulle s'ouvre publiquement sur ses intentions en ce qui concerne l'Algérie. Rappelé à la tête du pays en tant que garant d'une Algérie française, Charles de Gaulle montre ici que ses choix sont beaucoup plus nuancés. Donnant acte aux Algériens du droit à l'autodétermination, il avance trois hypothèses : l'indépendance (privilégiée par le FLN), dont il montre les risques pour l'Algérie (" La France quitterait alors l'Algérie "). La francisation (défendue par l'OAS), à laquelle de Gaulle ne croit plus à cette date. Une autonomie interne qui préserverait les liens étroits avec France : de Gaulle est partisan de cette solution de moyen terme.
Doc. 4   En 1958, les Français qui se retrouveront dans l'OAS placent leur espoir en Charles de Gaulle, qu'ils pensent partisan de l'Algérie française (" malgré les engagements les plus solennels "). En février 1962, un mois avant la signature des accords d'Evian qui mettent fin à la guerre d'Algérie, l'OAS justifie son action terroriste dans un tract destiné s'attirer la solidarité de la population française. L'organisation clandestine condamne en des termes particulièrement durs la guerre (" où vos fils ont été lâchement assassinés "), le gouvernement français (" d'abandons en abandons "), et le FLN (" assassins "). Se sentant trahie par de Gaulle, l'OAS continue de défendre l'Algérie française.
Doc. 5 En 1956 et 1957, le nombre de personnes interrogées ayant confiance dans le gouvernement reste stable, entre 37 et 39%. La proportion de personnes n'ayant pas confiance et de celles qui ne se prononcent pas est de même ordre (autour de 30%). L'année 1957 traduit une dégradation du climat de confiance (seuls 26% disent leur confiance) : la lassitude face à l'impuissance des cabinets successifs est patente. En juin 1958, date à laquelle de Gaulle effectue son retour au pouvoir, un renversement de l'opinion est visible : 68% des personnes interrogées ont retrouvé la confiance, contre 11% qui ne l'ont pas retrouvée. L'homme du 18 juin apparaît de nouveau comme un sauveur, notamment pour les Français d'Algérie et pour ceux qui condamnent l'impuissance de la IVe République. Entre 1958 et 1962, l'optimisme des premières heures s'effrite un peu, même si la majorité des Français conserve sa confiance à de Gaulle. Mais l'expérience de la réalité, la difficulté à trouver une issue qui satisfasse tout le monde, expliquent que certaines personnes interrogées - notamment les Français d'Algérie- qui avaient donné leur confiance à de Gaulle la lui retire dans les mois qui suivent. A l'inverse, le nombre de personnes qui n'ont pas confiance et celles qui n'ont pas d'opinion augmente, jusqu'à atteindre, au total, 50% des personnes interrogées.

3. Pour répondre à la problématique, il convient de lire attentivement celle-ci : il s'agit d'analyser l'attitude de la France et des Français face à la guerre d'Algérie. La France, c'est l'Etat français, les gouvernements. Les Français, c'est l'opinion, les groupes de pression... Les dates limites sont celles de la guerre : 1954, début de l'insurrection ; 1962, signature des accords d'Evian. Vu l'énoncé du sujet, un plan chronologique semble indiqué. :
- 1954-58 : la France désemparée, des gouvernements qui chutent les uns après les autres, des gouvernements impuissants à régler un problème qu'ils considèrent comme intérieur : l'Algérie représente trois départements français (voir déclaration de Pierre Mendès-France. Les Français sont très peu solidaires de la politique gouvernementale (30% s'y opposent, 30% ne se prononcent pas).
- 1958 : année charnière sur le plan politique. Le retour de De Gaulle aux affaires est la conséquence directe de la crise algérienne et entraîne un changement de Constitution. La méthode du général pour l'Algérie suscite la confiance d'une grande majorité de Français, notamment ceux qui sont attachés à une Algérie française (doc. 4 et doc. 5)
- 1958-1962 : le général de Gaulle, devenu président de la Ve République, mène une politique à laquelle peu de personnes s'attendaient. Dès 1959, il ouvre la porte à une solution négociée et à l'autodétermination., sans exclure la perspective de l'indépendance (doc. 3). Ces choix lui aliènent une partie de l'opinion (doc.5) qui s'estime trahie (doc.4) et se lance dans l'action clandestine. Par ailleurs, la dénonciation de la torture en Algérie par les intellectuels (doc.2) contribue à augmenter la lassitude des Français face à une guerre qui n'en finit pas et où meurent les soldats du contingent (doc.5).
Conclure en évoquant les accords d'Evian et les massacres qui suivent l'indépendance, obligeant les pieds-noirs et les harkis à fuir l'Algérie.

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